Documents: Latest From: Larry Hodgson:

Un jardin à découvrir

Les Jardins de Métis
by Larry Hodgson
by Larry Hodgson

email: horticom@horticom.ca

Larry Hodgson has given hundreds of lectures on gardening throughout Canada and the United States.

All the lectures are given with Larry's typical touch of humor and are fully illustrated with beautiful color slides.

They are either in English or French, according to your needs.

Larry is also Regional Director of the Garden Writers Association and has written many books.


July 19, 2009

J’ai presque honte de l’admettre, mais je n’avais jamais pu visiter les Jardins de Métis avant le milieu des années 1990. Imaginez! J’organise des visites dans des jardins situés aux quatre coins du globe, mais n’avais jamais admiré ce jardin pourtant bien de chez nous! Heureusement l’erreur est maintenant corrigée, car j’y suis allé à plusieurs reprises depuis ce temps… et j’en ai été ravi!

Un jardin historique

L’histoire des Jardins de Métis débute essentiellement avec Elsie Reford. Héritant en 1918 d’un camp de pêche là où la rivière Métis rejoint le Saint-Laurent, tout près de Mont-Joli, Mme Reford, grande sportive, a fait de la villa sa résidence d’été pour qu’elle puisse s’adonner à sa passion: la pêche au saumon. Cependant, quand suite à une opération des problèmes au dos surgirent, son médecin l’encouragea à abandonner la pêche pour entreprendre une activité plus «passive», telle le jardinage. Elsie Reford n’était pas du genre à faire les choses à moitié et elle entreprit de créer non pas un petit potager familial, mais un vaste jardin à l’anglaise digne d’un grand château européen.

Mais, il faut le dire, elle n’avait aucune connaissance de l’horticulture au départ, ne pouvant, comme elle aimait bien le dire elle-même, «distinguer une marguerite d’un pissenlit.» De plus, elle avait 54 ans, donc elle se trouvait plus près de l'âge de la retraite que de celui d'entreprendre de gros projets, mais cela ne l'a pas arrêtée. Elle fit cependant face à un problème majeur: le site était enchanteur, mais le sol glaiseux, absolument inacceptable pour l’horticulture. Elle trouva malgré tout une solution unique: elle troqua avec les fermiers locaux de magnifiques saumons pêchés à son camp de pêche pour du fumier. De beaux saumons contre de la m…! Les agriculteurs du coin rirent bien d’elle, mais je pense que c’est Mme Reford qui a ri la dernière!

Profitant de la protection des épinettes et des sapins qui abondent encore sur le terrain, de l’effet modérateur des eaux du fleuve et du sol riche et organique qu’elle avait incorporé, Elsie Reford a su recréer un microclimat où de nombreuses plantes exotiques ont pu se développer. Rhododendrons, azalées, primevères et surtout le magnifique pavot bleu s’y adaptèrent… et y croissent encore. Mme Reford aimait bien recevoir et c'est ainsi que chefs de compagnie, députés fédéraux et provinciaux, voire même plusieurs aristocrates européens, défilèrent dans son jardin qui acquit rapidement une excellente réputation. Elsie fut elle-même reçue membre de la Royal Horticulture Society d'Angleterre, honneur rarement accordé aux Nord-Américains, et encore plus rarement, à la gent féminine. Elle devait diriger personnellement le destin de son jardin pendant plus de 25 ans.

On connaît bien le reste de l’histoire: en 1954 Mme Reford, qui avait alors plus de 80 ans, céda le terrain à son fils qui n’avait aucune affinité pour le jardinage. Ce dernier vendit le domaine au gouvernement du Québec qui ouvrit le jardin au public en 1962. Elsie Reford, qui mourut en 1967 à l’âge de 95 ans (les jardiniers, voyez-vous, ont la réputation de vivre très longtemps), vécut donc assez longtemps pour voir son oeuvre devenir domaine public. En 1994, cependant, le gouvernement, devant des déficits annuels qui s’accumulaient, voulut retourner l’administration et l’entretien des Jardins au privé. C’est ainsi que, depuis le printemps 1995, le jardin est géré par les Ateliers Plein Soleil et la famille Reford, revenue dans le portrait dans le but de préserver leur héritage ancestral.

Ils ont formé Les Amis des jardins de Métis une société sans but lucratif qui est propriétaire et veille au développement et à la restauration du Domaine. On aurait pu craindre le pire suite à l’abandon des Jardins par le gouvernement provincial, mais il n’en fut rien. Non seulement les jardins sont de toute évidence en très bon état, mais la nouvelle administration a même réintroduit plusieurs espèces perdues depuis l’époque de Mme Reford et restauré quelques plates-bandes depuis longtemps disparues.

En 2000, s’est tenu la première édition du Festival international de jardins qui présente des jardins éphémères « un forum unique d’innovation et d’expérimentation ». Il permet de découvrir la vision de designers d’ici mais aussi d’ailleurs quant à l’interaction entre les arts visuels, l’architecture, le design, le paysage et la nature.

Les Jardins aujourd’hui

Le visiteur entre dans les Jardins par le kiosque d’accueil pour découvrir le massif floral, une collection de plantes surtout annuelles aux couleurs vives. Le sentier l’amène par la suite à travers un sous-bois rempli de plantes indigènes où il découvre pour la première fois le magnifique ruisseau qui serpente le long du terrain et qu’on rencontrera à maintes reprises au cours de la visite. On ressort de la forêt à l’entrée d’une vaste rocaille où nous est présenté une quantité surprenante d’espèces rares et inhabituelles. Les floraisons se succédant l’été durant, ce jardin est toujours attrayant, peu importe la saison. Tout près, c’est le jardin des rhododendrons et azalées, les arbustes préférés de Mme Reford, qui accrochent la vue avec le spectacle éblouissant de leurs coloris – des teintes riches de magenta, rose, orange et jaune – et l’odorat avec leurs fleurs aux parfums suaves. Imaginez! À l’époque, les rhododendrons et azalées étaient si inconnus au Québec qu’ils faisaient office de véritables exclusivités!

Au coeur de cette section se trouve la plate-bande de pavots bleus, justement à leur meilleur à cette période-ci de l’année. Cette plante, très prisée des amateurs, mais difficile à cultiver, ne se trouve nulle part ailleurs en Amérique du Nord en pareille quantité: une véritable mer bleu ciel vous accueille lorsque vous entrez dans le secteur. Il ne faut donc pas être surpris d’apprendre que le pavot bleu est devenu l’emblème des Jardins.

Ensuite, on monte des escaliers jusqu’à l’Allée royale, une longue et droite promenade d’allure très européenne et bordée de chaque côté de fleurs vivaces, la plupart tapissantes. C’était ici que Mme Reford plaçait sa collection de lis, collection qu’elle estimait plus que toute autre. Que vous la visitiez en début de saison, à la mi été ou à l’automne, l’Allée est toujours aussi attrayante, grâce au savant mélange des végétaux à la saison de floraison variable développé par Mme Reford et maintenu par les jardiniers de notre époque.

On accède ensuite à la Villa Reford, un manoir de 37 pièces datant de 1887. Ses pièces lambrissées, ses plafonds hauts et ses foyers massifs témoignent de l’opulence de la haute bourgeoisie d’une époque révolue. On peut prendre un délicieux repas gourmet composé de mets locaux dans la salle à dîner ou encore, se désaltérer sur la terrasse où l’on sert café, rafraîchissements et repas légers.

En quittant la villa, l’oeil est attiré tout naturellement par le belvédère qui donne une magnifique vue sur le fleuve et les petites îles juste en face. Un chemin bordé de pins des montagnes taillés nous y amène. Après s’être rincé l’oeil avec le gris de la mer et le bleu du ciel, on retourne vers l’entrée par un deuxième sentier qui nous conduit à travers le jardin de pommetiers, le jardin des plantes alpines et le jardin des primevères ainsi que dans la forêt où un petit lac artificiel nous attend, entouré de fleurs sauvages. C’est là que vous pourrez découvrir les créations du Festival international de jardins.

Avant de quitter les Jardins, regardez bien votre montre. Si vous avez le temps de parcourir le chemin en sens inverse (personne ne vous en empêchera!), faites-le! Vous serez surpris des nombreuses vues spectaculaires qu’on découvre quand on repasse sur le terrain dans un sens différent!

Quelques renseignements

Les Jardins de Métis sont ouverts sept jours par semaine de 8 h 30 à 19 h, en juillet et août et jusqu’à 18 h en septembre et début d’octobre. L’entrée coûte 16 $ pour les adultes, 14 et 15 $ pour les étudiants et l’âge d’or, 8 $ pour les enfants de 14 à 18 ans et est gratuite pour les enfants de 13 ans et moins. Il est aussi possible d'obtenir une passe saisonnière individuelle ou familiale si vous pensez repasser plusieurs fois au cours de l’été.

Les Jardins de Métis sont très bien indiqués de la route #132, environ 8 kilomètres après Mont-Joli: si vous allez en Gaspésie par cette route, vous ne pouvez pas les manquer.

Quant à moi, maintenant que j’ai visité les Jardins de Métis, j’espère pouvoir y retourner régulièrement, à différentes périodes, car c’est seulement à le visiter à répétition qu’on peut le découvrir dans son entier. Et si jamais je rencontre des touristes qui s’aventurent dans le Bas du Fleuve, je saurai où les diriger, car les Jardins de Métis, c’est un véritable «must» pour tout amateur de jardinage!

  • New Eden
  • Kids Garden
  • Plant a Row Grow a Row